Le Théâtre - Editorial

 


« La seule chose redoutable est le sérieux unilatéral et figé. »
Mikhaïl Bakhtine

« …Car enfin, la culture, ce n’est pas seulement le Louvre ou l’Opéra, le Panthéon ou la Bibliothèque nationale, l’architecture ou la Direction des Lettres. C’est d’abord le long, le délicat, le studieux recensement des besoins culturels de chacun et, aussi bien, celui du paysan des villages perdus que celui de l’ouvrier des villes. Ce n’est pas en déléguant deux inspecteurs chargés d’étudier les rapports entre une dizaine de municipalités, leurs électeurs et les directeurs de Maisons de la Culture que l’on trouvera, je cite : « des critères objectifs et, si possible, satisfaisants pour tous » (communiqué officiel de la direction des Lettres et des Théâtres, février 1970).

De tels critères sont un leurre, car ici pas plus qu’ailleurs on ne peut satisfaire tout le monde. Une culture, c’est un choix. Ce choix doit être défini, programmé, accepté, et enfin, disons-le, imposé. Le régisseur impose une mise en scène à un public, le peintre impose un tableau à des amateurs ou à des indifférents, Mallarmé impose Un coup de dés à son éditeur, et Michel-Ange impose son Jugement dernier à l’irascible Jules II. C’est un acte autoritaire et il témoigne du courage de l’artiste. Un ministre, ou plutôt un gouvernement doit concevoir, proposer et enfin imposer une politique culturelle générale, détaillée et approfondie à la collectivité. Il reste à la collectivité à la refuser si elle n’est pas d’accord. Mais le pire c’est l’incertitude, la bonne volonté, le lyrisme, l’amabilité, le néant.

Ni à droite ni à gauche, je ne vois de politique culturelle définie. Je n’en découvre pas l’amorce… »

Extrait de Le pouvoir et la culture, allocution de Jean Vilar à la Mutualité,
25 février 1970, dans le cadre des réunions du club « Socialisme et Société ».